Formation
Ayant dû renoncer tôt à la carrière d'officier de marine en raison d'une vue déficiente, Henri-Georges Clouzot s'inscrit à l'Ecole libre des sciences politiques avec le projet de devenir diplomate. Il collabore d'abord avec Louis Marin, chef de file de l'Union républicaine démocratique, parti de la droite conservatrice dans les années 1920. Il se tourne ensuite vers le journalisme et devient chroniqueur à Paris-Midi et travaille avec les chansonniers Dorin et Mauricet. Puis il rencontre Henri Jeanson, chroniqueur et scénariste, qui encourage ses premiers pas dans le cinéma.
Carrière au cinéma
Henri-Georges Clouzot débute comme scénariste et assistant réalisateur, en France et en Allemagne. Il travaille avec le producteur Adolphe Osso. Il réalise en 1931 l'adaptation du film de Carmine Gallone Un soir de rafle et tente un premier essai de réalisation avec un court-métrage, La terreur des Batignolles. En 1932, il travaille avec Victor Tourjansky, Carmine Gallone et Jacques de Baroncelli. Puis il quitte la France pour rejoindre les studios de Babelsberg à Berlin. C'est l'âge d'or des grands studios berlinois. Henri-Georges Clouzot devient l'assistant d'Anatole Litvak. En 1933, il signe les dialogues et les lyriques d'opérettes filmées. Il découvre les oeuvres de Friedrich Wilhelm Murnau et de Fritz Lang. Après quatre années en sanatorium, il revient à Paris en 1938 et adapte deux romans avec Jean Villard-Gilles, Le révolté et Le monde tremblera. En 1939, Pierre Fresnay lui confie l'adaptation de la pièce d'Henri Lavedan, Le duel, qu'il souhaite réaliser. En 1940, les Allemands créent à Paris la société Continentale et placent à sa tête Alfred Greven, qui a connu Henri-Georges Clouzot à Berlin et lui demande d'adapter le roman policier, Le dernier des six. En 1941, Clouzot signe le scénario des Inconnus dans la maison d'après Georges Simenon. L'année suivante, il réalise son premier long métrage, L'assassin habite au 21. Principal scénariste et dialoguiste de ses films, il ne dédaigne pas de s'associer des collaborateurs. Ainsi, il travaille avec Louis Chavance sur Le corbeau (1943), l'un des chefs-d'oeuvre du réalisme noir au cinéma. Ce film s'attire les foudres de la censure des épurateurs à la Libération et vaut à Clouzot une mesure d'exclusion temporaire de la profession. Il regagne les studios en 1947 et tourne Quai des Orfèvres qui inaugure sa collaboration avec Louis Jouvet. Il signe une adaptation de Manon Lescaut de l'abbé Prévost, Manon (1948) et retourne au film noir avec Le salaire de la peur (1952) et Les diaboliques (1954). En 1955, il quitte la fiction pour le documentaire, avec Le mystère Picasso. Il réalise l'adaptation du film de Christian-Jaque, Si tous les gars du monde, et revient à son genre de prédilection avec Les espions (1957) et La vérité (1960). Ses problèmes de santé l'empêchent de mener à bien L'enfer (1964), dont le scénario sera repris, trente ans plus tard, par Claude Chabrol. Il signe son dernier film en 1967. Clouzot est reconnu comme l'un des maîtres du film noir en France, mais certains lui reprochent de s'être complu dans la peinture des noirceurs de l'âme humaine. Ses admirateurs louent au contraire le non-conformisme de son discours et une grande maîtrise formelle. Tous lui accordent un exceptionnel talent de directeur d'acteurs, fût-ce au prix d'une exigence qui frôla souvent la tyrannie.
Autres activités
Henri-Georges Clouzot écrit le livret d'une opérette, La belle histoire, représentée en 1934 au Théâtre de la Madeleine, un spectacle de foire, Jeu de massacre, et plusieurs chansons mises en musique par Maurice Yvain.
Sa retraite forcée dans un sanatorium lui laisse le temps d'écrire plusieurs pièces de théâtre, dont Le mur de l'ouest, La rescousse et On prend les mêmes qui fut un des succès de 1940 au théâtre du Grand-Guignol. Mise en scène par Pierre Fresnay, cette pièce révèle au public un nouvel acteur, Daniel Gélin.
Dans les années 1960, il réalise une série de cinq films pour la télévision française avec le chef d'orchestre Herbert von Karajan, dont le Requiem de Giuseppe Verdi, la Symphonie du nouveau monde d'Antonin Dvorak, la Cinquième symphonie de Ludwig van Beethoven.
Prix
- Meilleur réalisateur, 1947 au Mostra Internazionale d'Arte Cinematografica (Venezia) pour le film : Quai des Orfèvres